Dans une décision importante rendue le 2 juin 2021, la Haute Cour a jugé qu'un client, même faisant l'objet d'une procédure de déchéance de nationalité pour fraude, peut toujours avoir droit à un passeport britannique comportant ses informations exactes. La Cour a également jugé que notre client devait être en droit de faire annoter son certificat de naturalisation afin d'y faire figurer ses informations exactes.
Arrière-plan
Notre client est un ressortissant britannique d'origine albanaise qui avait obtenu un titre de séjour puis la nationalité britannique en déclarant faussement être d'origine kosovare. Après environ 14 ans de résidence, le ministère de l'Intérieur a entrepris des démarches pour lui retirer sa nationalité britannique, qu'il aurait obtenue par la fraude. Le service des passeports a également procédé à la révocation de son passeport britannique alors qu'il voyageait à l'étranger, celui-ci contenant des informations erronées.
Notre client a exercé son droit de recours contre cette décision de privation de nationalité. Parallèlement, le cabinet OTB Legal l'a aidé à obtenir un passeport britannique avec ses informations exactes.
Le bureau des passeports a toutefois refusé de lui délivrer un passeport britannique.
Le bureau des passeports a affirmé ne pouvoir accéder à la demande en raison de la procédure de déchéance de nationalité en cours et a également soutenu que notre client devait modifier son certificat de naturalisation avant de solliciter un passeport britannique avec ses informations exactes. Au cours du contrôle judiciaire, le bureau des passeports a également invoqué des motifs supplémentaires pour justifier son refus, arguant qu'il ne serait pas dans l'intérêt public de lui délivrer un passeport compte tenu de sa dissimulation initiale à son arrivée au Royaume-Uni.
Conclusions de la Cour
Le tribunal a statué en faveur de notre client sur tous les points de fond.
Premièrement, la Cour a conclu que la démarche du Bureau des passeports consistant à refuser de délivrer un passeport britannique en raison de l'examen et de l'engagement d'une procédure de privation de nationalité était illégale :
100. … le fait que le défendeur ait envisagé de prendre une telle décision ne constitue pas en soi un motif de refus de délivrance d’un passeport. La prise d’une telle décision ne l’est pas non plus. Aux termes de l’article 40 de la loi de 1981 sur la nationalité britannique (BNA 1981), le recours à de fausses déclarations n’entraîne pas, à lui seul, la nullité de la nationalité, ni la déchéance de celle-ci. En tout état de cause, la déchéance de la nationalité n’intervient qu’après épuisement de tous les recours.
C’était important car la Cour reconnaissait que le simple fait qu’une action en privation de nationalité soit engagée ne signifiait pas que le Bureau des passeports pouvait refuser de délivrer à un citoyen britannique un passeport comportant ses informations exactes.
La Cour a également conclu que l'argument fondé sur l'intérêt public n'était pas recevable. Elle a constaté que la déclaration ministérielle, qui fournissait des orientations sur les cas où un passeport pouvait être refusé, n'avait pas pour objet de couvrir la situation d'une personne ayant eu recours à la tromperie lors de sa demande initiale de naturalisation.
119. … À mon avis, l’acte de tromperie en lui-même ne saurait constituer un motif valable ; autrement, tout citoyen ayant commis un acte malhonnête pourrait se voir refuser un passeport pour des raisons d’intérêt public. Cela ne relèverait pas du WMS. Je ne considère pas non plus que la tromperie ayant permis l’obtention de la citoyenneté soit suffisante en soi. Dans la mesure où l’objectif d’une telle politique est de punir notre client pour ses tromperies passées et de dissuader d’autres personnes d’y recourir de la même manière pour obtenir la citoyenneté, il me semble que cet objectif peut déjà être atteint par des poursuites pour les infractions pénales pertinentes. La loi prévoit déjà des sanctions pour l’obtention de la citoyenneté (et/ou d’un passeport) par la tromperie : par la déchéance de la citoyenneté en vertu de l’article 40 de la BNA 1981 et par des poursuites pénales.
Il a été constaté que le comportement du Bureau des passeports visait à élargir la portée des directives ministérielles afin de refuser des demandes pour des motifs qui n'étaient pas initialement prévus dans ces directives.
La décision conclut également qu'il serait disproportionné, au regard du droit de l'Union européenne et du droit international des droits de l'homme, de refuser un passeport. Le refus de passeport complique les voyages à l'étranger pour un citoyen britannique, qui doit prouver sa nationalité à son retour au Royaume-Uni. La Cour a conclu qu'en l'espèce, le refus de voyager avait des conséquences néfastes pour notre client et sa famille et serait disproportionné au regard de l'article 8 de la CEDH.
Qu'est-il advenu du certificat de naturalisation ?
Le bureau des passeports ayant soulevé la question de la « discordance » entre le certificat de naturalisation et les informations correctes de notre client, celui-ci a entrepris de demander la modification de son certificat de naturalisation après avoir contesté la décision du bureau des passeports.
Le ministère de l'Intérieur a réagi en détruisant le document et en indiquant, de manière quelque peu obscure, qu'aucun droit à un certificat de naturalisation n'était établi, une procédure de privation de droits ayant été engagée.
Dans sa décision, la Cour a conclu que notre client avait également le droit de faire annoter son certificat de naturalisation afin d'y faire figurer ses informations exactes et a ordonné au ministère de l'Intérieur de le lui fournir.
L'issue de l'affaire
Suite à cette décision, le tribunal a ordonné au Bureau des passeports de délivrer à notre client un certificat de naturalisation approuvé, comportant ses informations exactes, ainsi qu'un passeport britannique à son nom. Le Bureau des passeports n'a pas interjeté appel.
Cette décision aura un impact significatif pour les autres clients faisant l'objet d'une procédure de privation de nationalité pour cause de fraude. Ces procédures peuvent s'éterniser et empêcher les clients de prouver leur identité ou de voyager, même s'ils sont citoyens britanniques. Cette décision leur apporte la garantie qu'ils peuvent toujours obtenir un passeport britannique avec leurs informations exactes, sous réserve de pouvoir prouver leur identité et leur nationalité, et en l'absence d'autres motifs de refus. Ils pourront ainsi voyager pendant l'examen ou la contestation de toute procédure de privation de nationalité.
Si vous faites l'objet d'une procédure de privation de nationalité et souhaitez obtenir de l'aide pour votre demande de passeport britannique et de certificat de naturalisation, n'hésitez pas à contacter Mark Lilley-Tams à l'adresse mark@otb.legal. Vous pouvez également prendre rendez-vous directement sur notre site web.
L'avocat chargé de cette affaire était David Jones, du cabinet Garden Court Chambers. Vous trouverez plus d'informations sur son point de vue sur le site web de Garden Court Chambers.
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